Procès terro: une centaine de GOTTS mobilisés pour les transferts d’Abdeslam et Cie!

Claude Passchier, directeur à la DAP à la police fédérale. Mission n°1 de ses hommes, des policiers sans visage: empêcher que l’un des accusés ne s’évade.... Ce sont des détenus dangereux.
Claude Passchier, directeur à la DAP à la police fédérale. Mission n°1 de ses hommes, des policiers sans visage: empêcher que l’un des accusés ne s’évade.... Ce sont des détenus dangereux. - Belga

Vous ne verrez pas leur visage mais par contre, sur les routes, vous croiserez leurs véhicules blindés avec vitres noires roulant à vive allure et franchissant les feux rouges.

On parle ici des G.O.T.T.S., les cracks de la police fédérale chargés de transférer les accusés du procès des attentats de Bruxelles, de la prison au palais de justice Justitia à Haren.

Mission numéro 1 : empêcher qu’un Abdeslam ou un Abrini ne s’évade. « Ce sont des terroristes, cela représenterait un danger pour la population », indique Claude Passchier, directeur de la DAP (Direction de la Protection) à la police fédérale, l’unité auxquels les G.O.T.T.S. appartiennent.

Classifiés « niveau 3 »

« Les accusés du procès terro ont été classifiés ‘niveau 3’ par le centre de crise, c’est-à-dire considérés comme dangereux. Il n’existe actuellement aucun élément concret permettant de dire que l’un d’eux prépare une évasion, mais c’est le contexte général du procès et la personnalité des accusés qui nécessitent ce niveau de vigilance. Avec les moyens que l’on déploie, le risque qu’un accusé s’évade par ses propres moyens semble assez faible. C’est surtout une complicité externe qu’il faut envisager. Et là, il faut être à la hauteur. Les complices ne viendraient pas avec une petite arme individuelle… ».

Salah Abdeslam n’a rien à perdre.
Salah Abdeslam n’a rien à perdre. - DR

Pour contrer d’éventuels complices extérieurs, les G.O.T.T.S. seront hyperarmés : pistolet, fusil compact et fusil d’assaut. Claude Passchier, qui tient à la vie de ses hommes, ne donnera pas plus de détails. Et, bien sûr, ils seront vêtus d’un gilet pare-balles permettant de résister à des armes de guerre. « Pour ce procès hors-norme, qui va générer beaucoup de mouvements de détenus, on va appliquer un nouveau concept tactique inspiré, notamment, de ce qui s’est fait pour le procès de Paris, où on est allé voir comment ça se passait », poursuit Claude Passchier. Les G.O.T.T.S. devront s’occuper de 7 ou de 9 détenus. Le nombre n’est pas encore défini. Tout dépendra de voir si le parquet fédéral ordonnera une prise de corps pour deux accusés libres (les frères Farisi). Mais ce sera au moins 7 détenus à aller chercher chaque matin en prison, à amener au Justitia, à surveiller durant toute l’audience et à ramener le soir dans sa cellule.

Le SPF Justice souhaite rassembler tous les accusés dans la toute nouvelle prison de Haren pour le début du procès.

Haren ? « On s’adaptera »

Mais le chantier sera-t-il fini à temps ? « S’il faut aller les chercher dans plusieurs prisons différentes du pays, on le fera, on s‘adaptera », répond le boss que rien ne semble ébranler.

Tous les G.OT.T.S. (Gespecialiseerd Overbrengingsteam – Team Transfert Spécialisé) seront mobilisés pour ce procès, c’est-à-dire une centaine d’hommes ! Et comme ils sont en sous-effectifs, il faudra même aller puiser dans l’unité du DAB (direction de la sécurisation) pour compléter les équipes. « Pour un seul accusé, il faut au minimum trois véhicules », indique Claude Passchier, qui se garde bien de donner des infos trop précises, qui pourraient mettre à mal le dispositif.

On remarquera tout de même que lorsque les G.O.T.T.S. ont amené Mohamed Abrini à la prison d’Andenne, il y avait une Mercedes, une BMW, deux Range Rover, sans oublier des motards de la police fédérale qui n’avaient été informés de leur mission que le matin même.

Le convoi doit rester en mouvement

L’une des règles de base de ces transferts haute sécurité ? Rester en mouvement. Une fois en route, le convoi ne devra pas s’arrêter. Des motards seront postés aux carrefours pour bloquer la circulation. On sait aussi qu’il peut y avoir de faux convois, pour brouiller les pistes…

Mission n°1 de ces policiers sans visage: empêcher que l’un des accusés ne s’évade.
Mission n°1 de ces policiers sans visage: empêcher que l’un des accusés ne s’évade. - Belga

Les G.O.T.T.S. sont actuellement en plein préparatifs. On étudie les itinéraires, avec des plans A, des plans B… On fait du repérage, on s’exerce sur le terrain, on s’entraîne au tir, on envisage le pire pour éviter le pire.

« Nous ne sommes pas de simples taximen », résume, sourire en coin, celui qui a roulé sa bosse à l’Escadron spécial d’intervention et au Posa de Charleroi.

Les accusés seront protégés et porteront le gilet pare-balles

Mohamed Abrini.
Mohamed Abrini. - Belga

Les G.OT.T.S. devront assurer la sécurité du détenu tout au long de la journée. Ils iront le chercher dans sa cellule de prison au petit matin et l’y reconduiront le soir. Ils ne le lâcheront jamais des yeux ! Si leur rôle premier est d’éviter toute évasion, ils devront aussi veiller à la sécurité du détenu. « Il reste un être humain que l’on doit protéger », rappelle Claude Passchier. Raison pour laquelle Abdeslam, Abrini et les autres accusés porteront le gilet pare-balles lors des trajets. Ils seront bien sûr aussi menottés. Les mesures pourront évoluer tout au long du procès, « l’analyse des risques sera régulièrement réévaluée », nous dit-on.

Fouille à nu

Les détenus devront se soumettre à la fouille, deux fois par jour : le matin en quittant la prison et le soir au retour. Ce sera une fouille à nu. Placé sous une telle garde, on voit mal comment Abrini et consorts pourraient se procurer un objet interdit dans la journée mais c’est ainsi. N’oublions pas qu’un Abdeslam, condamné à Paris à la réclusion à perpétuité incompressible, n’a rien à perdre.

Les policiers toujours cagoulés

La vie des G.O.T.T.S. est tout aussi importante. C’est pour cette raison qu’ils portent la cagoule : pour protéger leur visage et donc, leur identité. On ne voit que leurs yeux et leur bouche, c’est impressionnant. « N’oublions pas qu’ils accompagnent des criminels. Si on identifie nos policiers, le milieu pourrait faire pression sur eux. Ça fragiliserait notre dispositif et cela constituerait aussi une menace personnelle pour les collègues », explique Claude Passchier, directeur de la DAP.

Pour travailler à la police chez les GOTTS, «il ne suffit pas d’être balèze!»

Mohamed Abrini
Mohamed Abrini - Belga

Le profil recherché est exigeant pour travailler chez les G.O.T.T.S. Tout d’abord, il faut une bonne condition physique. Il faut aussi pouvoir exécuter des missions avec arme à feu (P90, FN Scar P300…). « Mais être balèze ne suffit pas », insiste Claude Passchier. « L’autre grande qualité est de pouvoir rester calme en toutes circonstances. Sachez qu’un individu peut perdre de 25 à 50 % de ses capacités si une situation tourne mal. Tout cela se travaille avec des exercices pratiques où l’on met nos policiers en situation. On simule des attaques, statiques, à pied et en véhicule. Ils doivent pouvoir réagir à toute situation. Par exemple, si le détenu fait une crise cardiaque en plein transfert, ou s‘il est victime d’un coup de couteau ou d’un tir par balle, ils doivent lui porter les premiers secours tout en veillant à la sécurité de la population ».

Se faire respecter et les respecter

« Il faut aussi une aptitude à la négociation et des capacités à la désescalade. On peut être le plus balèze et le plus costaud et ne pas faire usage de la force. L’usage de la force, ce n’est vraiment qu’en extrême nécessité. Les membre des G.O.T.T.S. doivent aussi avoir un ascendant sur les détenus, obtenir le respect sans élever la voix. Ils doivent aussi adopter un comportement respectueux envers les détenus qu’ils ont en charge, quelle que soit la raison de leur incarcération ».

Gare au syndrome de Stockholm

Dans l’équipe G.O.T.T.S. assignée à chaque accusé, il y aura toujours un numéro 1. « C’est le policier qui ira au contact du détenu. Qui lui demandera ce qu’on attend de lui, de se lever, de sortir de sa cellule, d’avancer… Ce ne sera pas toujours le même numéro 1, vu la durée du procès ! Il faut parvenir à créer une certaine relation, n’oublions pas que nous serons amenés à les côtoyer plusieurs mois. Il faut cependant éviter un effet syndrome de Stockholm et de tomber dans la camaraderie. Nos hommes doivent rester professionnels, stoïques et froids. »

F. DE H.

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