733 Liégeois morts à Auschwitz: «Se souvenir, une action des gens de bien»

Editorial
733 Liégeois morts à Auschwitz: «Se souvenir, une action des gens de bien»

733. Derrière les visages de ces femmes et de ces hommes, de ces enfants et de ces vieillards, de ces « monsieur et madame tout le monde », il y avait des vies. Les vies de personnes normales qui vivaient une vie normale. À une époque qui, elle, ne l’était pas. Ces 733 Liégeois, raflés et envoyés dans le camp de la mort d’Auschwitz, méritent qu’on se souvienne.

En ces temps troublés où les guerres, que l’on croyait à tort si lointaines, nous ramènent à la dure réalité du mal, il convient de ne pas oublier notre passé pour ne pas être condamné à en revivre ses périodes les plus sombres.

Malheureusement, force est de constater que tel n’est pas le cas. Les ravages du nazisme, notamment envers les Juifs, seraient-ils si lointains ? Mais qu’est-ce qui pousse une personne à aller taguer en grand, sur la maison d’un habitant d’Uccle, un grand « JUIF » ? Mais comment le ministre russe des Affaires étrangères, Lavrov, ose-t-il lâcher, en référence au président ukrainien Zelinski, que « Hitler avait aussi du sang juif […] Les antisémites les plus virulents sont en règle générale juifs ». Il n’y a plus de limite à la honte et à l’indignité.

C’est pourquoi le devoir de mémoire est, aujourd’hui plus encore, une nécessité absolue. Pour chacune et chacun d’entre nous. Une telle exposition à Liège permet de remettre l’humain au centre, en mettant une image et une histoire sur un mort qui n’est pas qu’un cadavre de plus.

Rappelons-nous à cet égard la citation de l’écrivain Edmund Burke, qui soulignait très justement que « pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien. »

Se souvenir et éduquer, apprendre pour ne plus recommencer. C’est déjà agir.

Le visage des 733 Juifs liégeois décédés à Auschwitz exposé à Liège (photos et vidéo)

C’est un travail de fourmi de 10 ans et l’ouverture sans restrictions des archives des communes liégeoises qui ont permis à Thierry Rozenblum d’écrire ce livre « Une Cité si ardente » (paru en 2010) et de réaliser cette émouvante exposition aux fonds patrimoniaux de Liège.

Car au-delà du chiffre brut, 733, des Liégeois envoyés à Auschwitz et qui n’en sont jamais revenus, c’est aussi 733 visages, 733 adresses et 733 histoires qu’il décline pour le visiteur. « L’un était ouvrier à Cockerill, l’autre était tanneur en Outremeuse, le troisième marchand rue Pont d’Avroy… », explique celui dont le grand-père a pu s’échapper d’un sinistre wagon.

Eux et 2.560 autres habitaient le Grand Liège et ont eu le malheur de répondre, le 28 octobre 1940, au recensement de la population juive . C’est le début d’un engrenage dont ils n’ont jamais pu s’échapper. Plus d’un millier d’entre-eux subiront la déportation.

Peut-être son voisin

Les visages des 733 décédés à Auschwitz.

Dès le début de l’exposition, les visages de ces 733 Juifs, criants de vérité, vous prennent au cœur. Pour chacun d’entre-eux, vous pourrez aller rechercher sa fiche d’identité complète retrouvée dans les archives de la Ville.

« Ils étaient peut-être les voisins de vos grands-parents, reprend Thierry Rozenblum. Ils habitaient peut-être dans votre maison ou tenaient le commerce d’à-côté. »

Certaines personnes âgées vont peut-être y reconnaître l’un ou l’autre visage familier, comme ce visiteur de Jemeppe qui a retrouvé avec émotion la trace de trois jeunes enfants avec qui il jouait dans la rue et qui avaient disparu du jour au lendemain.

Le terrible engrenage

Quatre survivants de la photo étaient présents à l’inauguration: Suzanne Wajcman-Levy, Isy Rotenbach, Sophie Abramowicz Herc et Jeanne Abramowicz Fevry.

Vous tombez ensuite sur une immense photo représentant la fête de bar-mitzvah de Bernard Gros dans la salle du Mosan sur l’île de la Boverie en 1937. « Elle illustre bien la communauté juive arrivée dans l’entre-deux-guerres et déjà très bien implantée dans la région. » Beaucoup d’entre-eux ne reviendront jamais de leur déportation.

La fameuse ordonnance du 28 octobre 1940.

Ensuite, cette fameuse ordonnance du 28 octobre 1940 prise par toutes les communes à la demande de l’occupant nazi et qui marque le début de l’engrenage. Il est ordonné à chaque chef de ménage juif d’inscrire sa famille dans un registre communal sous peine d’emprisonnement et de confiscation de ses biens.

« Étonnamment, alors que le bourgmestre de Liège de l’époque, Joseph Bologne était un vrai patriote, il signe sans rien dire cette ordonnance anticonstitutionnelle, reprend notre historien. S’ensuit alors une série de 17 autres ordonnances qui restreindront sans cesse la liberté des Juifs (accès aux emplois publics, à l’école, fermeture de leur commerce, port de l’étoile jaune, travail obligatoire…) jusqu’à leur déportation. »

Un des neuf exemples attesté par les documents. L’exposition se termine par neuf exemples de vies brisées, toutes illustrées par les documents authentiques. Un véritable travail scientifique qui explique toute la mécanique de l’engrenage dans lequel ils ont été pris.

A la veille du 8 mai, jour de la Victoire, une exposition à ne pas manquer.

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