Le Réseau Hospitalier Namurois alerte les autorités sur la gestion de la 4e vague

Carte blanche
Le RHN alerte les autorités sur le revers de certaines mesures sanitaires prises pour endiguer la pandémie.
Le RHN alerte les autorités sur le revers de certaines mesures sanitaires prises pour endiguer la pandémie. - V.L.

Les directions médicales du Centre Hospitalier Régional Sambre & Meuse, du CHU UCL Namur et de la Clinique Saint-Luc Bouge ont co-signé et transmis un courrier dans lequel elles alertent les autorités sanitaires belges sur la gestion de la quatrième vague de Covid-19 et les choix éthiques qui en découlent.

« Dans le contexte actuel de cette quatrième vague où de très nombreux patients covid nécessitant des soins intensifs sont des patients ayant fait le choix d’être non vaccinés, la priorisation absolue qui semble être donnée aux patients covid au détriment d’autres patients graves, doit faire l’objet d’un réel débat éthique avec toutes les parties concernées », entament les directions médicales des hôpitaux du Réseau Hospitalier Namurois.

Le RHN a atteint un taux d’occupation des lits en soins intensifs réservés aux patients Covid proche des 50 % de ses capacités opérationnelles. Les hôpitaux namurois déplorent le « caractère irréaliste » de la circulaire les enjoignant de passer « dès l’atteinte du seuil de la phase 1B à présent en phase 2A et d’ainsi réserver 60 % des lits de soins intensifs aux patients Covid ».

Des hôpitaux à saturation

« Nos hôpitaux sont effectivement arrivés à saturation, tant aux soins intensifs qu’en unités de soins conventionnelles et ce, pour la prise en charge de tous les patients. Nous déplorons d’apprendre aussi tardivement que les modélisations mathématiques prévoient un débordement des capacités hospitalières endéans les deux semaines. Pour pouvoir anticiper et gérer au mieux nos activités, nous avons à plusieurs reprises demandé à l’Inspection d’Hygiène Fédéral de pouvoir disposer des résultats de ces modélisations ainsi que de l’occupation réelle des hôpitaux de l’ensemble du pays. Ces demandes sont restées vaines. »

Les responsables des hôpitaux se plaignent ainsi d’un manque de communication et de transparence de la part de l’Inspection d’Hygiène Fédéral. Ils demandent également de disposer des dernières modélisations afin de pouvoir anticiper.

Manque de personnel

Si les hôpitaux du RHN ont dû fermer des lits, c’est par manque de personnel, révèle la lettre adressée notamment aux ministres fédéral et régional de la Santé, Frank Vandenbroucke et Christie Morreale. « Nous prenons également acte de votre demande de malgré tout ouvrir à nouveau ces lits fermés de soins intensifs et ou de « middle care » en y affectant un personnel moins qualifié que celui qui y est normalement requis. »

Les directions médicales namuroises prônent pour une répartition optimale des patients entre tous les hôpitaux de Belgique. « Nous insistons une nouvelle fois que le plan de répartition national soit d’abord mis en œuvre et que les patients soient répartis dans les unités correctement staffées à l’échelle du pays et non d’une Province ou d’un réseau. »

Report des soins

Elles regrettent également le report des soins réguliers considérés comme « non urgents ». « Ces interventions ne relèvent jamais d’une médecine « de confort » mais ont toujours un caractère vital. Reporter un triple pontage coronaire met la vie du patient concerné en danger en l’exposant au risque d’infarctus. Reporter une exérèse chirurgicale lourde d’une tumeur non métastasiée expose le patient au risque de dissémination. »

Le RHN demande ainsi aux autorités de préciser ce que sont des soins « urgents et nécessaires » pour ne pas laisser la responsabilité éthique et juridique sur les médecins chefs et les directions. « La circulaire de ce 31/11/2021 nous précise sans ambiguïté que 800 lits des soins intensifs du pays sont nécessaires pour assurer ces soins urgents et nécessaires, soit 40 % des lits agréés. Face à l’annonce faite de débordement imminent de nos capacités hospitalières aux soins intensifs et afin de guider les décisions éthiques qui devront être prises, pourriez-vous nous confirmer que nous pouvons nous baser sur ce ratio dans le calcul des lits que nous pouvons consacrer aux patients non covid dans nos unités de soins intensifs ? »

« Nous émettons de vives réserves sur la possibilité de réaffecter comme demandé le personnel du bloc opératoire et de la salle de réveil dans l’encadrement de la pleine capacité des soins intensifs de la phase 1B. Nous ferons bien entendu et comme demandé « tout notre possible » pour rouvrir les lits USI fermés ou les transformer en lits middle-care. Par contre, l’ordre formel d’y affecter le personnel du bloc opératoire nous expose au mieux à majorer l’absentéisme pour cause de maladie (burnout), au pire à accélérer le nombre croissant de démissions. Quelles sont les pistes envisagées dès à présent pour ensuite relancer l’activité hospitalière et maintenir la qualité des soins ? »

Quelles mesures d’accompagnement ?

Les signataires de cette lettre se demandent enfin ce qu’il en est des mesures financières d’accompagnement. « Même si les mesures financières d’accompagnement ont permis de faire face aux impératifs immédiats de la crise, la prolongation de celle-ci crée une situation à nouveau exceptionnelle avec une incertitude permanente sur les marges nécessaires à la stabilité économique de nos institutions. Nous sommes particulièrement préoccupés par le personnel soignant. Il nous paraît nécessaire d’envisager sans délai une valorisation substantielle de l’investissement des équipes infirmières dans la prise en charge les patients Covid. En l’occurrence, il s’agirait à la fois d’une reconnaissance de leur travail lourd et spécifique mais également d’un incitant dans une période particulièrement difficile en matière de ressources humaines. »

Ce courrier a également été adressé à Pedro Facon, le commissaire coronavirus, à l’experte du Comité HTSC Erika Vlieghe et à Marcel Van der Auwera, président du Comité HTSC. Mais aussi au docteure Cécile van de Kokijneburg, à Christèle Charlet, coordinatrice de l’AViQ, au docteur Didier Taminiau, inspecteur d’hygiène fédéral et à son adjoint, au docteur Peter Todorov, directeur médical 112 et aux fédérations hospitalières SANTHEA et UNESSA.

Poursuivez votre lecture sur ce(s) sujet(s) :Bouge (c.f. Namur)province de NamurNamur (prov. de Namur)

Téléchargez notre nouvelle appli Sudinfo

Téléchargez notre nouvelle appli Sudinfo

Notre sélection vidéo
Aussi en Province de Namur