Les confessions de Gino Russo: «Quand il vous arrive une histoire aussi dure»

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Gino Russo a parlé pendant 15 minutes, chez «Déclic», la nouvelle émission.
Gino Russo a parlé pendant 15 minutes, chez «Déclic», la nouvelle émission. - RTBF

Les apparitions de Gino Russo, le papa de la petite Melissa enlevée le 24 juin 1995 avec Julie Lejeune, et retrouvée morte le 17 août 1996 à Sars-la-Buissière, sont rares. Ce jeudi, il a répondu au micro de la Première radio et de la chaîne La 3. Pour la nouvelle émission « Déclic » animée par Julie Morelle et Arnaud Ruyssen. L’homme est revenu, pendant 15 minutes, sur ces 25 années endurées, aux côtés de son épouse, Carine et de leur fils, Grégory. L’ex-présentatrice du JT voulait prendre de ses nouvelles et savoir quel homme il était devenu. « Êtes-vous aujourd’hui apaisé ? », demande-t-elle. « Je l’ai toujours été. Je n’ai jamais été agressif. La vie a fait qu’on a enlevé ma fille et sa copine Julie dans un pays démocratique avec des piliers qui sont censés protéger, retrouver ou chercher des éventuels criminels. Il se fait que cela s’est mal passé et je suis rentré en conflit avec ce qu’on appelle l’appareil d’État ». Il revient sur le 13 août 1996, date où on a arrêté Dutroux. Et le 17 août, date où on a retrouvé le corps des petites. « Les choses auraient été différentes si on avait su, depuis le début, 14 mois plutôt, que Dutroux était l’un des principaux suspects et qu’il avait été libéré sous condition par le ministre de la Justice de l’époque, Melchior Wathelet ». « Cela a changé mon attitude », confie celui qui se définit comme un homme du peuple. « Pendant 14 mois, on dénonçait une enquête qui tournait mal et on apprend qu’il y avait un suspect depuis si longtemps, et que nous ne le connaissions pas ».

Le conflit, dit-il, a toujours duré depuis ce fameux mois d’août, il y a 25 ans. « Je ne suis pas allé au procès en 2004 car je n’étais pas d’accord avec la manière dont l’instruction avait été faite ». Ce deuil, il ne l’a toujours pas fait. « Comment peut-on le faire quand on sait que votre fille aurait pu être sauvée ? » Il parle d’un mot qui a pris tout son sens depuis cette commission parlementaire qui a suivi : le mot « dysfonctionnement ». Celui de la police, de la Justice, de l’État, du monde politique. « Je n’ai pas pu faire mon deuil après ce 17 août. Je suis entré dans un tourbillon de conflits pendant des années car il n’était pas facile de critiquer un système auquel tout le monde croyait ».

Pourtant, à l’époque, tout le monde l’écoutait. Enfin, le peuple… « N’importe qui aurait pu prendre ma place s’il avait été dans ma situation. J’ai pu traverser ces années car j’ai l’impression qu’on me prenait pour un idiot et cela me permettait de faire passer mes messages. Je n’étais pas formaté ‘universitaire’, je venais de la classe populaire et on ne savait pas me maîtriser. J’ai senti qu’on me prenait pour un idiot alors que ma seule priorité, c’était qu’on retrouve ma fille et Julie vivantes. Notre force a été portée par cette urgence ».

« On aurait pu tout casser et passer à autre chose »

Et par le duo qu’il a formé avec Carine, son épouse. « J’ai eu de la chance de tenir ces 14 mois et, surtout, que j’ai pu tenir après le 17 août. Avec mon épouse. Psychologiquement, quand il vous arrive une histoire aussi dure, la solution est de tout casser et de passer à autre chose. Rester à deux était un chemin plus long et nous l’avons pris. Je ne sais pas quel était le pourcentage de chances pour que cela tienne mais on y est parvenus ».

N’est-il pas tenté d’entrer – enfin – en politique ? Il a souvent été courtisé, rappelle Arnaud Ruyssen. « Il y a encore moins de solidarité qu’il y a 25 ans. Aujourd’hui, aller en politique, c’est rentrer dans un système. Je suis un anarchiste. Je ne le supporterais pas… »

Pierre Nizet

«Je me suis vu sur le toit des sinistrés»

Le 20 octobre, cela fera vingt-cinq ans jour pour jour que la Marche Blanche a eu lieu à Bruxelles. Gino Russo l’a précisé lors de son passage chez « Déclic ». « Comment expliquer que tout le monde s’est retrouvé dans la rue ? », demande-t-il. Il a sa réponse : « Je pense que la population belge s’est sentie trahie. Pendant quatorze mois, j’ai dit qu’on ne cherchait pas bien Julie et Melissa. Et on nous répondait par un discours rassurant. Que si on ne les retrouvait pas, ce serait la faute à pas de chance. Combien de fois on ne m’a pas dit : ‘Vous pensez qu’elles sont encore vivantes ?’ Pour moi, tant qu’on ne les avait pas retrouvées mortes, elles l’étaient et il y avait urgence ».

« je suis un homme simple »

Il revient sur cette souffrance qui ne l’a jamais quittée. Souffrance qu’il a revécue en voyant ces malheureux sinistrés lors des inondations du mois de juillet, dans sa province. « Je me suis senti comme ces gens sur le toit qui ont passé 24 heures en criant au secours. Comme nous quand on criait au secours pour retrouver nos filles. Aujourd’hui encore, on est trop dans la communication et pas assez dans les actes. Le discours ne colle plus avec la réalité ». « Alors, pourquoi ne pas devenir le héraut du peuple, son messager ? », lui demande Arnaud Ruyssen. « Car je suis comme tout monde. Je suis pour une forme d’égalité. Je suis une personne simple », répond-il en précisant qu’il n’a été qu’un porte-parole, « de sa fille », pour qu’on la retrouve vivante.

P. N.

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