Leander «Robocop» Dendoncker, le parfait intérimaire des Diables

Analyse
Leander «Robocop» Dendoncker, le parfait intérimaire des Diables
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En attendant le retour aux affaires d’Axel Witsel, Leander Dendoncker (26 ans) fait le travail ! Préféré à Laurent Ciman pour sa polyvalence lors du Mondial 2018, où il ne disputa qu’une rencontre face à l’Angleterre en phase de poules, le natif de Passendale n’a pas loupé le début de l’Euro dans la peau d’un titulaire… ad intérim. Ou pas. Qu’importe ! L’intéressé n’est pas du genre à s’apitoyer sur son sort. « J’espère évidemment rester dans l’équipe mais avec tout ce qu’il a déjà donné aux Diables, il serait logique que Witsel récupère sa place quand il sera prêt », avait-il souligné avant même le début du tournoi, soucieux d’éviter la moindre polémique.

Hermétique à la pression, l’ancien Anderlechtois fait ce que Roberto Martinez lui demande : récupérer les ballons, couper les angles et contrôler au mieux l’entrejeu pour offrir à Youri Tielemans un maximum de latitude. Comme il le faisait en 2017 lors du dernier titre mauve, sous René Weiler, qui affectionnait tout particulièrement les gars disciplinés. Déjà complémentaire à l’ombre de saint Guidon, la paire Tielemans-Dendoncker a rapidement retrouvé ses automatismes à l’échelon international, l’aspirateur flandrien faisant toujours aussi bien le ménage. Taillé pour le travail de l’ombre, celui-ci ne rechigne jamais devant le sale boulot. Il a été à bonne école au sein de la ferme familiale, Dirk, son papa, exploitant notamment un élevage de cochons durant toute son enfance. C’est là, entre Ypres et Roulers, que ce fils de fermier « fier de ses origines » – il le souligne régulièrement – apprit la vie entouré de ses deux frères aînés, et de sa maman Katrien, très proche du plus sensible de la fratrie.

À quelques encablures du « Tyne Cot Cemetery », le plus grand cimetière militaire du Commonwealth au monde, Leander Dendoncker vécut une enfance heureuse, loin des livres d’Histoire. Les pieds sur terre et les mains régulièrement dans la bouse ou même dans le sang lorsqu’il devait aider le paternel à castrer un porc. Voire dans la terre pour épauler des amis agriculteurs en pleine plantation de poireaux. La tête toujours sur les épaules, mais des étoiles plein les yeux, chaque dimanche matin, au moment de dévorer les images de « Match of the Day ». Les exploits de ses idoles Alan Shearer, Thierry Henry ou encore Dennis Bergkamp, c’est sur le champ de maïs voisin, transformé en terrain de football par un papa désespéré par les bris de vitres, que le Diable rouge passa des heures à tenter de les reproduire en compagnie de ses deux frangins, Lars et Andres, devenu son agent.

Marquer était l’obsession du petit Leander, qui empilait les buts pour Passendale avant d’être débauché par Roulers. Il en planta jusqu’à 170 au cours d’une même saison, signant un jour plus de 20 réalisations en un match. Difficile, avec de telles statistiques et un tel potentiel physique, de passer inaperçu auprès de Lille, de Bruges, du Standard et de Genk, qui ne manquaient pas de faire les yeux doux à l’espoir roularien. Même Southampton, où il passa une semaine, était sur la balle. Mais c’est finalement Anderlecht, séduit par ses prestations lors d’un stage de fin d’année au BLOSO (NDLR : l’équivalent de l’Adeps) de… Bruges, qui remporta le morceau, en 2009. Non sans mal. « Leander nous avait tapé dans l’œil au même titre qu’Hervé Matthys », se souvient Jean Kindermans, le directeur du centre de formation du RSCA. « Très longiligne et très frêle, il n’avait pas du tout le profil anderlechtois (NDLR : plus tard, Roger Vanden Stock devra d’ailleurs souvent plaider sa cause auprès des puristes de la maison mauve). Mais on sentait qu’il avait quelque chose de spécial. Cela dit, on a sué pour convaincre sa maman de le laisser quitter le nid familial. »

Si le plus difficile était fait pour le RSCA, les souffrances ne faisaient que commencer pour cet adolescent d’à peine 14 ans qui n’était encore qu’un enfant ne s’étant jamais éloigné de sa campagne de Flandre occidentale. Découvrant subitement la fin de l’insouciance, la solitude, la multi-culturalité de la capitale bruxelloise, une nouvelle langue et un nouveau club, Leander Dendoncker a souvent pleuré lors de ses premiers mois à Neerpede. En dépit de tous les efforts déployés par sa famille d’accueil, Wanda et Paul Steegen (les parents de l’ancien responsable de la communication du Sporting) mettant tout en œuvre pour sécher ses larmes, ce grand timide fut régulièrement au bord de la rupture. Mais il s’est soigné pour devenir l’athlète qui fait aujourd’hui le bonheur de Wolverhampton, où il débarqua il y a trois ans après des derniers mois compliqués à l’ombre de saint Guidon. Pas question, pour Leander, de décevoir son père, très critique lorsqu’il débriefait les matches, mais convaincu dès le départ de l’énorme potentiel du fiston. « J’ai arrêté de compter le nombre de fois où Dirk a débarqué dans mon bureau pour tenter de me convaincre que son fils était avant tout un nº10 fait pour pratiquer le foot du Barça », sourit Jean Kindermans. « Nous avons eu d’interminables discussions à ce sujet mais, lors de la prolongation de contrat de Leander, en 2016, il a abdiqué et reconnu que la place de nº6 était la meilleure pour lui. » Le fiston lui-même a appris à aimer ce rôle de pare-chocs, bien davantage que celui de défenseur central où il est parfois contraint de dépanner.

Polyglotte et amoureux de l’Espagne jusqu’à rêver d’évoluer un jour en Liga, le nouveau balai tricolore a appris très tôt l’espagnol. Fan de Barcelone, il avait été rebaptisé « Busquets » par certains entraîneurs de jeunes à Neerpede. Mais c’est Besnik Hasi qui lui donna sa chance en équipe A, en le titularisant pour la première fois le 17 août 2014 à Westerlo. Au détriment de Luka Milivojevic, présenté à l’époque comme le Biglia moderne et dont le transfert avait coûté quelque 2,7 millions, le futur « Wolve » voyait enfin son rêve se concrétiser.

Devenu mature beaucoup plus tard que Youri Tielemans, au point d’avoir dû ronger son frein dans l’ombre du jeune prodige, Dendoncker ne s’en érigea pas moins en élève modèle dès la saison suivante. Toujours prêt à remplir les tâches et à respecter les consignes, il fut dès ses débuts professionnels le prototype du joueur idéal aux yeux du coach. À défaut de séduire d’entrée de jeu.

« En U15, je l’avais surnommé Robocop », se souvient Mohamed Ouahbi, qui le coacha également en U21. « Sa manière de courir en se tenant droit comme un « i » et sa faculté à malgré tout distiller des passes super précises donnait l’impression qu’il était doté d’un logiciel. Malheureusement, comme souvent en Belgique, la plupart des gens insistaient sur ses faiblesses (manque de vivacité, difficulté à se retourner) plutôt que sur ses qualités (ses courses, sa faculté de récupération, son passing). Au début, on sentait même toutes ces réticences chez ses entraîneurs en équipe première. Leander n’avait pas l’étiquette de gars doué comme beaucoup de grands talents de Neerpede. Il fallait l’apprivoiser pour découvrir tout son potentiel. »

« Il était tellement timide que je n’étais pas du tout certain qu’il réussirait au plus haut niveau, note Piet Vandermot, son ancien directeur à l’Institut Saint Guidon à Anderlecht. Je me souviens d’un stage à la bibliothèque où il se serait bien caché sous terre tant il avait peur de s’exprimer devant un groupe. Il n’en était pas moins un élève exemplaire et très respectueux. On sentait que, derrière sa timidité, il y avait une solide éducation. »

Finalement, le petit garçon que l’instituteur… primaire devait souvent tirer hors de la voiture paternelle, a bien grandi. Doté de qualités athlétiques hors-normes, Leander Dendoncker serait toutefois certainement plus loin encore dans son évolution s’il avait hérité ne fût-ce que d’un zeste du charisme de Tielemans ou Lukaku. S’il demeurera toujours très précieux pour l’équilibre d’une équipe, sa nature introvertie ne lui permettra probablement jamais de devenir un véritable leader.

« Je suis persuadé qu’il franchira encore un voire plusieurs paliers, prédit cependant Jean Kindermans. Cet Euro devrait l’y aider. Je ne vois pas encore le marathonien qui, lors de sa meilleure période à Anderlecht, osait s’infiltrer, tirer et multiplier les transversales. Avec les Diables, il joue encore avec le frein à main. Je le verrais bien s’épanouir en Italie, où les clubs sont friands de ce genre de joueurs disciplinés (NDLR : Transfermarkt estime désormais sa valeur à 30 millions). Si on compare sa trajectoire avec celle de Youri (Tielemans), incroyablement précoce dans tous les domaines, on fera forcément la fine bouche. Mais Leander est largement dans les temps et son parcours remarquable. »

Un parcours qui l’a vu peu à peu s’imposer en Angleterre depuis son arrivée à Wolverhampton (120 matches et 9 buts) pour quelque 15 millions, selon un montage un peu flou durant l’été 2018. Mais également chez les Diables rouges, avec lesquels il vient d’enchaîner 7 matches d’affilée. Pour un total de 18 rencontres en équipe nationale sans jamais avoir connu la défaite (15 victoires et 3 partages) depuis son baptême du feu lors du France-Belgique (3-4) de 2015 sous Wilmots. Un bilan digne d’un héros, certes discret mais ô combien efficace, de « Match of the day ».

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