Ils ne veulent pas de la ligne haute-tension Gembloux-Auvelais

Frédéric Brodkom a lancé la pétition. Il argumente en faveur d’un enfouissement de la ligne.
Frédéric Brodkom a lancé la pétition. Il argumente en faveur d’un enfouissement de la ligne. - W.A.

Les pylônes actuels devenant vétustes, la société gestionnaire de transport d’électricité Elia, prévoit de modifier le tracé de la liaison électrique Gembloux-Auvelais. Un projet à 10 millions d’euros. La tension serait doublée puisqu’on passerait de 70.000 volts à 150.000 volts. Passant actuellement par Gembloux, Sombreffe, Jemeppe-sur-Sambre et Sambreville, le futur tracé devrait quitter Sombreffe. Les pylônes devraient quant à eux êtres deux fois moins nombreux… Mais beaucoup plus hauts. Soit 43 mètres au lieu des 25 actuels. Toujours au stade d’avant-projet, les riverains ont encore jusqu’à ce mardi pour se prononcer. Et les réactions ne se sont pas fait attendre.

Un citoyen de Bothey (Gembloux), Frédéric Brodkom, a lancé une pétition en ligne sur le site Change.org. À l’heure où nous rédigeons ces lignes, celle-ci a déjà reçu le soutien de 676 signataires.

Les riverains impactés reconnaissent le bien-fondé de ce nécessaire renforcement de la ligne actuelle. Mais pour préserver, entre autres, leur paysage, ils demandent par le biais de cette pétition adressée à Elia, qu’un projet d’enfouissement de la ligne haute-tension soit envisagé.

Nous avons rencontré Frédéric Brodkom, à l’initiative de cette pétition. «  Je vais avoir un pylône à 300m derrière la maison, des câbles qui passeront pratiquement derrière le jardin. C’est une catastrophe pour le village », estime le riverain de Bothey.

«  Les pylônes vont se situer dans le vallon, passeront dans le sentier de promenade des couteliers, qui vient d’être réaménagé. Au moins 5 à 7 pylônes vont passer au-dessus de la bordure Est de Corroy », ajoute Frédéric, qui pointe les raisons pour lesquelles les riverains préféreraient la solution de l’enfouissement de la ligne, outre l’aspect paysager évident.

> La qualité de vie des riverains et leur santé

« Dès qu’il y a un doute, par principe de précaution, autant ne pas le faire. Il y a aussi la charge psychologique, car vivre à côté de quelque chose que l’on n’aime pas, c’est pénible au quotidien. »

> L’impact sur les activités agricoles

«  Les agriculteurs et éleveurs sont absolument contre. Vous imaginez des animaux sous des lignes haute-tension nuit et jour ? De plus, dans les champs, il faudra contourner les pylônes. Et lorsque les machines passeront sus les lignes, les GPS vont déconner. »

> Maintenir le plaisir des activités récréatives

« Nous avons la pêcherie, la piste d’aéromodélisme, des élevages, des centres équestres… »

> Ne pas dévaloriser les sites historiques

« Nous avons beaucoup de fermes moyenâgeuses dans la région, en plus du château de Corroy et la tour des Sarazins. Toute une série de structures du Moyen-Âge qui constituent un patrimoine historique relativement important. »

Pour Frédéric Brodkom, l’argument prôné par Elia selon lequel l’enfouissement des lignes coûterait trop cher ne tient pas la route.

« Ils le payent, mais cet investissement sera amorti sur 80 ans. Et ils auront des retours car de plus en plus de monde profitera de cette ligne puisque le nombre de personnes venant s’installer dans la région va augmenter. Alors, qu’ils ne viennent pas dire qu’ils doivent gérer en bon père de famille. » Géologue de formation, Frédéric insiste aussi sur l’argument de la qualité du sol. Selon Elia, en fonction de la qualité du sol, l’enfouissement de la ligne peut coûter 2 à 4 fois plus cher que la solution proposée dans l’avant-projet. « En suivant l’ancien tracé, on se trouve principalement sur du sable, le massif se trouve à une dizaine de mètres dans le sol. Le calcaire est plutôt du côté d’Onoz. De plus, les conduites de gaz de Solvay sont parfaitement localisables », estime-t-il.

Retrouvez la pétition sur change.org : « non à la ligne haute tension aérienne Auvelais Gembloux »

«Je ne veux pas de cela près de chez moi!»

Elle élève des poneys.
Elle élève des poneys. - D.R.

Catherine Saublens habite aussi Bothey. Elle a relayé la pétition lancée par Frédéric Brodkom sur les réseaux sociaux. Et ce nouveau projet de ligne haute tension, Catherine n’en veut pas.

« Je viens de construire une écurie d’élevage à Bothey. J’ai appris avec horreur l’existence de ce projet », nous a-t-elle confié. L’écurie de Catherine se trouve à la rue E. Coulon, celle qui va vers St Martin. «  Ma rue est quasiment parallèle au tracé », indique la riveraine.

« Je suis complètement contre car je sais par expérience que ce genre de construction est très nocif pour la santé humaine et animale. » Au-delà de l’impact paysager que pourrait avoir le nouveau tracé, Catherine craint plutôt pour sa santé et celle de ses animaux. L’éleveuse de poneys redoute les 150.000 volts.

«  Je suis très sensible aux ondes. Je les ressens très fort en passant à proximité d’une ligne. Je ne veux pas de cela près de chez moi ! »

«Enfuir la ligne coûte 2 à 4 fois plus cher»

Sophie De Baets.
Sophie De Baets. - LEF

Suite à l’émergence de cette pétition en ligne, nous avons pris contact avec la société Elia afin de savoir si un enfouissement de la future ligne haute-tension était envisageable.

« Ces travaux sont nécessaires car la ligne date de 1938. Dans ce que nous avons proposé, nous essayons d’éviter un maximum les maisons. Nous avons pensé à trois critères : Quand il y a une infrastructure existante et que l’on doit remplacer quelque chose, on utilise le tracé déjà en main. Enfuir une ligne coûte de 2 à 4 fois plus cher en Belgique. De plus, le coût dépend aussi du sol et de la mobilité. Ce coût supplémentaire sera impacté sur la facture du consommateur. Il arrive que l’on puisse enfuir la ligne, mais ce n’est pas toujours le cas. Il faut aussi tenir compte des possibilités techniques. En cas de réparation, cela risque d’être compliqué, et il y a aussi l’aspect environnemental », a indiqué Sophie De Baets, porte-parole d’Elia.

Pour l’instant, l’idée en est encore au stade d’avant-projet. Une étude d’incidences sera effectuée par un bureau d’études de la Région wallonne. « Cette étude tiendra compte des remarques des riverains. » Elia sera présente ce lundi soir à 19h30 au Centre sportif de Corroy-le-Château pour présenter son avant-projet.

Notre sélection vidéo
Aussi en L'ACTU DE LA PROVINCE DE NAMUR