Namur: le message de Rémi à son fils enlevé il y a 10 ans (Vidéo)

Dix ans dans la vie d’un enfant, c’est presque tout : ses premiers pas, ses premiers mots, ses premiers jours d’école… Ce sont tous ces instants précieux que Rémi Paquot (48 ans) a définitivement perdus. La vie de cet habitant de Durnal (Yvoir) a basculé en septembre 2007, lorsque son ex-femme décide de retourner vivre en Russie en emmenant leur fils Nicolas, alors à peine âgé de 14 mois ! « À présent, il a 11 ans et je ne sais même pas où il vit. S’il se porte bien. S’il connaît mon existence et ce qu’on lui a raconté de moi. » L’enfant ne connaît certainement pas le français… Si un jour des retrouvailles étaient possibles, après tout ce temps écoulé, elles ne seraient certainement pas aisées…

un droit de visite ?

Et pourtant, Rémi a tout tenté pour retrouver son fils. « Mais face aux autorités de l’État ou judiciaires, j’ai eu l’impression de me heurter à un mur. » Juriste de formation, le Namurois multiplie alors les actions en justice.

C’est tout ce qu’il est en mesure de faire à des milliers de kilomètres de son fils. «  J’ai sans doute été maladroit en m’attaquant à l’État et à la magistrature… » Mais ce père trouvait les réactions très tièdes par rapport à son dossier.

« En 2008, on a localisé mon fils. Ils vivaient chez ses grands-parents à Belgorod. C’est la dernière fois que j’ai eu des nouvelles. Plus tard, le tribunal a condamné mon ex-épouse à quatre ans de prison avec ordre d’arrestation immédiate. Mais quand elle a demandé un passeport pour revenir en Belgique, on lui a refusé en même temps qu’on lançait un mandat d’arrêt européen contre elle ! », regrette-t-il.

Aujourd’hui, Rémi Paquot se raccroche à un nouvel espoir. « J’ai de nouveau des contacts avec le SPF Justice qui me propose de constituer un dossier en vue d’un droit de visite. » Après examen de la situation, l’autorité centrale belge va en effet aider Rémi Paquot à introduire auprès de la juridiction russe compétente une demande de droit de visite. Mais ce papa a la tête sur les épaules et se rend bien compte que rien n’est encore gagné. « Dans un premier temps, j’espère avoir des informations, tout simplement. Une adresse. En juillet, je lui ai envoyé un recommandé pour son anniversaire. Je ne sais même pas s’il l’a bien reçu… J’aimerais savoir s’il va bien. Puis, prendre contact, même par Skype. Certains proches m’ont fait comprendre qu’il faut savoir tourner la page… Mais c’est mon fils. Je pense à lui chaque jour. Tout comme chaque jour, j’ai envie de le serrer dans mes bras ! »

Dix ans après la disparition de Nicolas, ce papa ne renonce donc pas. « J’ai une blessure qui reste ouverte. Avec le temps, on apprend à gérer sa souffrance, mais elle est toujours bien là… »

Agnès Demaret

«J’avais pressenti l’enlèvement»

Au moment où le couple se sépare, Rémi Paquot a un pressentiment quant aux intentions de son ex-épouse. «  Elle m’avait dit qu’elle allait naturaliser Nicolas, sans même demander mon avis. Et là, j’ai su. Comme un instinct paternel… »

Rémi tente de prévenir les autorités. « Ces dernières ont bien interdit à Yulia de quitter la Belgique. Mais elles m’ont aussi prié de lui donner le passeport de Nicolas. Le jour où je l’ai déposé, je savais que cette obligation allait me coûter très cher ! »

Pourquoi cette mère a ainsi décidé de priver son enfant de son père ? Rémi ne se l’explique pas totalement. « D’autant qu’elle avait une belle situation ici. » Toujours est-il que l’enlèvement est intervenu peu de temps après la décision de justice d’augmenter la garde de Rémi. « Jusqu’à ses un an, Nicolas, encore trop petit, ne passait pas les nuits chez moi, mais je le voyais tous les week-ends. J’ai obtenu qu’il puisse venir dormir à la maison. La dernière fois que je l’ai vu, c’était le 29 septembre 2007, quand je l’ai rendu à sa mère. Le 5 octobre, à 7h30, je suis revenu le chercher. Il n’y avait plus personne…   Mais il apparaît qu’elle avait planifié son départ depuis plusieurs mois déjà »

accusé de pédophilie

Lorsque la justice condamne Yulia à la prison pour ce rapt parental, Yulia envoie une lettre à la justice. «  Elle m’accusait de tous les maux, en disant qu’elle avait été obligée de partir pour protéger Nicolas. Elle m’a même accusé de pédophilie ! À l’époque des Fourniret et Dutroux, de telles accusations étaient courantes. Moi, j’ai dû prouver que j’étais innocent. »

Aujourd’hui Rémi n’ose imaginer ce que Nicolas sait de lui. « Elle lui a peut-être raconté n’importe quoi sur moi. Je ne veux pas qu’elle aille en prison, mais que tout ça s’arrête ! C’est un tel gâchis toute cette histoire. Je n’ai pas pu voir grandir mon fils, j’ai été privé de ses plus belles années. J’espère qu’il ne garde aucune séquelle psychologique. C’est dur de savoir qu’il a sans doute été élevé dans la haine de son père. »

220 dossiers de rapt ont été ouverts

Child Focus traite environ 400 dossiers de rapts parentaux internationaux chaque année. Près de deux tiers des dossiers concernent un enlèvement effectif par un des parents qui emmène son enfant à l’étranger (+/- 250 cas par an). Les autres dossiers (+/- 150 par an) sont des dossiers préventifs, quand un parent craint que l’autre parent n’enlève son enfant

Ainsi, en 2015, 358 dossiers (pour 479 enfants) ont été traités par les services de Child Focus. 220 dossiers ont été ouverts en 2015, d’autres sont là depuis plusieurs années. « Il faut généralement plus de temps pour résoudre un enlèvement parental qu’il n’en faut pour les autres types de disparitions (un tout petit peu moins d’un an en moyenne). Ce délai est principalement dû aux procédures judiciaires entre les parents, qui durent souvent plusieurs mois dans un contexte international », explique-t-on chez Child Focus.

La mère est le parent ravisseur dans 73 % des cas en 2015. Les enfants enlevés sont généralement assez jeunes : l’âge moyen est de six ans et 80 % des enfants enlevés ont 8 ans ou moins. Deux tiers des enlèvements parentaux internationaux ont lieu sur le territoire européen. La Russie vient en quatrième position des destinations (tout comme l’Espagne et la Tunisie).

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